Presse La Dépêche 2015

La plasticienne Angèle Riguidel recycle et détourne
Des idées lumineuses
Sous sa tignasse blonde pétillent ses yeux bleus qui se posent, attendris, sur les objets que d’autres délaissent ou jettent sans scrupule. Elle, elle ne jette rien. Les déchetteries, elle les visite ; les braderies et les bric-à-brac, elle les dévalise avec plaisir et envie. Son atelier regorge de tous ces objets récupérés. Experte en recyclage et en détournement, la lumière, c’est sa marque de fabrique. 

Dans son atelier, les objets de récupération de toutes sortes s’accumulent, « de temps en temps, je refais des passages pour pouvoir circuler ». Pourtant, elle sait où chaque chose se trouve, tout est rangé et trié, les verres d’un côté, les moules à gâteaux de l’autre ; les plastiques, les vieilles valises en
cuir, la quincaillerie, le câblage, les ampoules… « Et quand je fouille, je retrouve d’autres choses ». Tous ces objets sont à la base même de son inspiration. « Je n’imagine jamais l’œuvre finie, je choisis un élément qui
va en appeler un autre puis un autre et, à la fin, je découvre moi aussi l’ouvrage terminé ». Et de tous ces articles inutilisés ou cassés, elle en refait un nouveau, prêt pour une nouvelle vie. De ces puzzles en métal boulonnés, rivetés, « réparables », naissent des lampes aux allures de petit robot, de danseuse, d’animal aux yeux éclairés. « J’ai commencé par l’éclairage, les luminaires, avant de m’attaquer à d’autres projets, les vieux jeux notamment ». Des jeux détournés pour créer des tableaux toujours éclairés.

Le recyclage : tout un art

« Après mon Baccalauréat d’arts appliqués – auparavant dénommé F12 – j’ai suivi un BTS de stylisme qui m’a amené à travailler une dizaine
d’années dans le textile, pour la grande distribution. » Mais l’envie était ailleurs, « il me fallait du concret, du brut, du vrai ». Avec l’arrivée des enfants, l’emménagement à la campagne, « j’ai décidé de changer radicalement de vie ». Un pari osé, mais à l’époque, on le pouvait encore, se lancer à corps perdu dans l’art, vivre de peu. « Les premières années ont été rudes », mais sa “patte” a vite été remarquée. « J’envoyais des photos de mes œuvres à des professionnels pour me faire connaître. Et cela a plu à Christian Gobert, à Conches-en-Ouche qui, très rapidement, m’a laissé carte blanche à la Maison des arts ! J’étais très impressionnée et j’avais peu d’œuvres à montrer mais je l’ai fait et ça m’a beaucoup aidée ». L’adjoint au maire de Conches ignorait sans doute avoir donné un sacré coup de pouce à ce moment-là (en 2003) mais il a permis à Angèle Riguidel de débuter un CV d’installations qui la mènera de Paris à Lyon. « Au début, je prenais tout, j’essayais de faire un maximum de salons. Maintenant, je choisis mes sorties, je préfère privilégier les expositions auxquelles je prends plaisir à participer. Qui me correspondent. » Comme le salon Maison et Objet, réservé aux professionnels de l’art de vivre, la décoration et le design qui se tient deux fois par an à Villepinte (le prochain du 4 au 8 septembre) ; le Mac 2 000 (Manifestation d’Art Contemporain à l’Espace Champerret de Paris du 26 au 29 novembre) ou Art et Déchirure à la Halle aux Toiles de Rouen (programmé du 9 au 20 mars 2016) …

Culture et détournement

Sans oublier ses attaches avec les lieux de musique de la région. Approchée par Jean-Christophe Aplincourt, alors directeur de l’Abordage, pour décorer le Club et l’Espace VIP du Rock Club et l’Espace VIP du Rock dans tous ses États, elle n’en partira plus. « C’était ma 10e année en juin dernier » ! Et le désormais directeur du 106 de Rouen l’appelle encore pour installer ses œuvres sur ses événements (1er Acte, No(w) Future), lui attirant par la même occasion les faveurs de Papa’s Prod, l’équipe organisatrice du Ouest Park Festival au Havre. L’an passé, c’est d’ailleurs en répondant à un appel à projet “Caravan Players” de Papa’s Prod – qui gère aussi le Tétris au Havre – qu’elle investit une caravane. Le but du jeu : y créer un environnement singulier et multimédia. Angèle Riguidel postule et transforme sa caravane Gruau de 1974 en espace Gam’in. Poupées, marionnettes, jeux de société, petites voitures, animaux en caoutchouc, peluches et jeux vidéos s’y retrouvent exploités, détournés et bien sûr éclairés. Une ambiance chaleureuse où l’on aime à jouer bien sûr mais aussi se détendre, le temps de retomber en enfance. Une expérience à apprécier jusqu’au 9 août, sur le Village du sport et de la culture, sur le pré du BelÉbat.
Sur sa lancée, et avec le soutien d’Antoine Jolly de la médiathèque d’Evreux, elle décide de redécorer une autre caravane. La Digue se veut plus “pop(ulaire) ”. L’histoire, la géographie, la musique, le cinéma, la littérature : c’est un cabinet de curiosités culturel qui est ici proposé, du sol au plafond, avec son lot de cartes IGN, d’affiches de film, de livres à feuilleter, de jouets détournés, des saynètes-reflets de notre société. Tout est prévu pour y projeter les courts-métrages de la Maison de l’Enfant et des Découvertes, lors des opérations “Toiles de quartier” de cet été coorganisées par la médiathèque, la MED et la
Maison des jeunes et de la culture du Bel-Ébat.
Prochaines séances : vendredi 31 juillet à Saint-Michel, mercredi 5 août à Nétreville et mercredi 12 août  à Navarre.

Sophie B.

 

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