la 60ème île

INSTALLATION ” LA SOIXANTIEME ÎLE “

Résidence, recherche avec la communauté de commune centre Morbihan à Saint-Jean-Brévelay, novembre 2021. Création d'une île en déchets, recyclage de déchets ménager, encombrants... avec la déchetterie de Saint-Jean-Brévelay et les habitants.
Résidence, recherche avec la communauté de commune centre Morbihan à Saint-Jean-Brévelay, novembre 2021. Création d’une île en déchets, recyclage de déchets ménager, encombrants… avec la déchetterie de Saint-Jean-Brévelay et les habitants.

et voilà l'île après un mois de résidence, les pièces du puzzle ont pris leur place. Visible à Saint-Jean-Brévelay pendant 1 an.

Construction de l'installation "la 60 eme île", du 1er au 26 novembre 2021. Assemblage de matériaux récupérés auprès des entreprises locales, des déchetteries du secteur, des habitants. Performance de recyclage.

Atelier dans la salle Kérivo à Saint Jean Brévelay, préparation des éléments, médiation, assemblages, matières...

Recherche des créatures : à pattes, rampants, à plumes, écailles... avec des déchets encombrants, ménagers. Recherche de techniques pour tenir dehors aux intempéries.

Recherche de végétaux : herbes, fleurs, algues, coraux... avec des déchets ménagers, vhs, bâches... Recherche de techniques sur les plastiques, les ligatures...

Résidence, recherche avec la communauté de commune centre Morbihan à Saint-Jean-Brévelay, novembre 2021. Création d'une île en déchets, recyclage de déchets ménager, encombrants... avec la déchetterie de Saint-Jean-Brévelay et les habitants.

Exposition novembre 2021 dans l'espace public des créatures de recherche pour la résidence. Saint-Jean-Brévelay, communauté de commune centre Morbihan.

Exposition de sculptures lumineuses dans les vitrines des commerces et à la médiathèque de Saint Jean Brévelay pendant le mois de novembre 2021.

Note d’intention
Angèle Riguidel
«La 60ème Île»
La Soixantième Île fait référence à ce qu’on appelle le 7ème continent, ce monstre de plastique1 qui fait 3 fois la superficie de la France et qui vogue sur l’océan Indien depuis sa découverte en 1997. Dans les faits, il semble que ces chiffres fassent plutôt référence à une concentration de micro- plastiques2 et non à un amas de déchets, mais le terme de « continent » laisse tout de même rêveur une fois la consternation passée. Si on parle d’île d’ici, c’est parce que le Morbihan en compte 59. Et la soixantième île serait la première île du département à se situer dans ses terres ! La Soixantième Île serait un support visuel et esthétique pour montrer l’impact réel de la surconsommation. L’idée est effrayante, mais serait joliment réalisée, et serait ainsi l’occasion d’un oxymore visuel qui séduit autant qu’il révulse. Si le sujet est terrible, la poésie n’est pas impossible, elle est même selon moi nécessaire pour toucher le public et le sensibiliser à un sujet contemporain incontournable tout en ouvrant l’imaginaire de chacun par l’émerveillement visuel. La Soixantième Île serait une expérience de recyclage en décalage avec mes projets précédents. Dans l’idéal, j’aimerais proposer aux habitants de la commune d’apporter leurs déchets sur le lieux de l’installation. Il s’agirait d’objets qu’ils auraient en temps normal déposé à la déchetterie ou sorti pour les encombrants. Si la matière vient à manquer, un accès à la déchetterie me permettrait d’avoir les éléments nécessaires à l’installation, pour être certaine d’avoir une multiplicité de matières, couleurs et textures. Pour ce qui est de la fabrication de l’île, le procédé serait le suivant. Après avoir réuni la matière apportée par les habitants et celle choisie à la déchetterie, le premier moment d’assemblage résidera dans le montage des reliefs avec les éléments les plus imposants (certainement ceux qui seront « sauvés » des encombrants). Cette première étape est la confection des éléments paysagers en volume (plages, arbres, côtes ou rochers). Chemin faisant, il s’agira de tout fixer et sécuriser. Quand l’Île trouve son volume, il faut la ligaturer, la visser, la boulonner et la coller pour former un tout qui pourra être exposé de façon stable pendant au moins un an et qui ne soit pas un danger pour un public aventureux. Enfin, l’étape finale consiste à faire habiter l’île : ce sont des monstres et chimères, tout droit sortis de nos poubelles qui peuplent un tel paysage. On imagine trop souvent l’apocalypse vide d’habitants, mais d’autres formes de vies peuvent surgir et être conçues dans un contexte imaginaire. Les créatures extraordinaires et monstres difformes peuvent entrer dans le même imaginaire que celui des habillages, en moules et coquillages. Des crustacés qui s’accrochent à cette île impliquent la preuve visuelle d’un temps et d’une nature qui reprennent le dessus. Mon travail est basé sur le recyclage depuis plus de vingt ans. Au fil des années et des expérimentations, j’ai acquis des techniques d’assemblage et de bricolage variées. Mais ce que j’ai certainement le plus musclé c’est ma capacité à voir et envisager les objets de façon astucieuse et poétique… 

texte rédigé avec Louise SIMON

Construction de la 60ème île, 100% recyclage de déchetsConstruction de la 60ème île en image.

Objets utilisés pour la composition de “La 60ème île”

  • RELIEF : palettes récupérées auprès des entreprises locales.
  • ROCHERS : bidons coupés de pétrole, eau de javel, dé-moussage…
  • SOL : tentes de camping, matelas pneumatique, tapis, sacs de houblon, poncho, toiles de parasol, toiles de jardinage, toile de barnum.
  • SABLE : pouches en toile de plastique, sacs de houblon, fond de tente de camping.
  • MER : fonds et tours de piscines crevées.
  • TERRE : tentes de camping.
  • HERBES : bouteilles et bidons verts lacérés et chauffés, sacs de houblon détissés.
  • ALGUES ET CORAUX : bouteilles bleues lacérés et chauffées, gaines d’eau froide tronçonnées, bâches bleues détissées.
  • ARBRES : filets de maraîchers cousus sur des grilles de sèche linge, tronc en tubes et gaines de chantier bleues, Pare-vue cousu avec du fil de fer, tiges en métal enrobées et tuteurs en plastique.
  • FLEURS : yaourts, petits suisses, crèmes dessert et filets de légumes ligaturés, chauffés, roulés, tiges avec casiers à bouteilles, grilles de sèche linge, grillages, bordures.
  • CREATURES :
  • AILERONS DE REQUINS : planche de plage en polystyrène gainée de bâche noire.
  • MOUSTIQUES : bouteilles d’eau, balles et grille de cage à lapin.
  • LIEVRE-lapin kangourou : pneus, semelles de chaussure.
  • ROUGE A 4 PATTES : bidons sur pied de chaise, tube de karcher, balais.
  • ESCARGOT : dérouleur et tuyau d’arrosage, gaine électrique, tube d’aspirateur.
  • SINGE : siège auto et aspirateur.
  • SERPENTS : tubes d’aspirateurs et selles de vélo.
  • 1000 PATTES : conduit de cheminée, tubes d’aspirateurs, morceau de moto enfant.
  • CRABE ROUGE : moto enfant recomposée.
  • PIEUVRE : pneus de VTT et chambre à air.
  • ARAIGNEE ROUGE : gaine d’eau chaude et flacon de lessive.
  • SCARABES : casques de vélo gainés de pneu, jeux de plage; pattes en grille de cage à lapin, fourreaux électriques.
  • ARAIGNEES NOIRES : grille de cage à lapin et fourreau électriques.

    la 60ème île, 100% recyclage de déchets
    la 60ème île, 100% recyclage de déchets.

TOURVILLE-LA-RIVIERE

Exposition à la Mairie de Tourville-la-Rivière
Salle des Actes
Exposition du 15 au 30 septembre 2021
du lundi au vendredi 9h à12h et de 13h30 à 17h30

Recyclage sous 3 formes, 3 démarches, 3 façons d’assembler:

Cabinet de curiosités avec les pièces lumineuses, chaque pièce est réfléchie et construite avec les objets qui la compose.

VHS, principe de recyclage appliqué sur des formes, habillage en bande magnétique.

Constructions Boschiennes, camouflage des éléments formels par des poudres et pigments. Tout en intégrant des objets réels. Tentative de se rapprocher d’une réalité picturale.

Le Jardin des Plastiques 2021

Jardin des plastiques, Construction Boschiennes. Cacher les déchets et se rapprocher d'une réalité picturale.
Jardin des plastiques, Construction Boschiennes. Cacher les déchets et se rapprocher d’une réalité picturale.

 

En plus de ses recherches habituelles sur des objets individuels, Angèle Riguidel travaille depuis le printemps 2021 sur une installation de plus grande envergure. Cette installation trouve son origine dans « Le jardin des plastiques », une recherche-création démarrée en 2019 autour de l’œuvre « Le jardin des Délices » de Jérôme Bosch. À ce moment là, il s’agissait plutôt d’assemblages d’objets mis en scène. Actuellement, les objets choisis sont d’origine plus pauvres et sont sélectionnés attentivement pour leur forme. L’objet disparaît totalement lorsque l’artiste s’approche de chaque réalisation finale, prend une dimension plus picturale et plus proche encore de l’œuvre du maître flamand.

Le Jardin des plastiques, fait directement référence à l’un des plus grands chef-d’œuvre de l’histoire de l’art occidental : Le Jardin des délices du peintre néerlandais Jérôme Bosch (1494-1505).

L’installation in situ d’Angèle Riguidel mime son titre, sa structure plastique, et si l’on s’approche encore, on se rend compte que la ressemblance au modèle original est à trouver dans chaque détail.

Ce que raconte Angèle Riguidel en clignant de l’œil au maître flamand c’est un monde beau par nature, dans ses singularités et dans l’opulente richesse du monde vivant, peu à peu submergé par une surconsommation alarmante. Car si le triptyque du Jardin des délices semble avoir pour sujet les péchés terrestres, faisant sombrer le Paradis dans l’Enfer, le Jardin des plastiques partage avec Angèle Riguidel son rapport obsessionnel aux déchets.

Dans le Jardin des plastiques tout est récupéré, les objets ont tous une histoire et un passé : ils viennent directement de matières naturelles, ainsi que de l’atelier de l’artiste qui fait depuis des années une étrange collection des marchandises dont on n’a plus voulu dans nos maison, et des ses déchets personnels. Ces objets et matières sont ensuite bidouillés, assemblés, modifiés ; et ici, les oiseaux du panneau central ont fait place à des petits chiens en plastiques, les architectures oniriques à des pots en verre venant des cuisines de mamie… Penchez-vous et comparez : tout ce qui est dans le tableau se retrouve réinterprété avec minutie et tendresse dans l’installation.

L’œuvre d’Angèle Riguidel s’est faite à plus de deux mains : les siennes d’abord, suivant celles de Jérôme Bosch, celles de dame Nature, les mains également ce ceux qui avaient fabriqué les objets préexistants maintenant insérés dans l’installation, mais celles aussi des personnes ayant participé à l’atelier de bricolage proposé pour l’exposition. Les chimères que vous voyez ont de multiples paternités / maternités.

L’artiste partage également un certain sens de l’humour avec le maître flamand : si ce qui a attiré Angèle Riguidel était peut-être d’abord l’attrait esthétique de sa peinture, l’ingéniosité du traitement plastique fait écho aux calembours visuels du Jardin des plastiques.

texte de Louise Simon, photos d’Archibald Simon.

Fontaine en verre. Assemblage d’éléments de lustres et fleurs artificielles. Construction Boschiennes.
Fontaine jeux de baignade. Assemblage de poupées et fleurs artificielles.
Assemblage tête de baigneur et théière en étain. Fontaine émotion bébé pleurant.